XIXe
siècle
La
République a vécu : Bonaparte, devenu Napoléon, a instauré
le Ier empire. Après plusieurs années
victorieuses, l’année 1813 marque un tournant funeste pour
l’empereur. Affaibli par des défaites successives, il
décrète une levée de trois cents mille hommes afin de
reprendre les combats. Mais la population est lasse des
guerres et la révolte gronde. C’est alors que le mervillois
Louis Fruchart, fervent royaliste et réfractaire à l’Empire,
rassemble autour de lui d’autres insurgés. Les rebelles,
vêtus de la blouse des paysans, cocarde blanche au chapeau,
version flamande de l’épopée vendéenne des chouans, sèment
l’agitation dans toute la région et harcèlent les autorités
au cours de nombreuses escarmouches avec les forces de
l’ordre. Louis Fruchart y gagnera son surnom de « Louis
XVII ».
L’affaire du
trésor royal
En 1815, Napoléon
est de retour de son l’exil sur l’île d’Elbe et débarque à
Golfe Juan, bien décidé à reprendre le pouvoir. Devant
l’avancée de l’Empereur, Louis XVIII et la famille royale
sont en fuite vers Gand, précédant de deux jours d’étape
leur maison militaire. Le Comte d'Artois (futur Charles X)
et son fils le Duc de Berry sont à la tête du convoi qui
suit le souverain : une troupe de trois cents gardes du
corps et mousquetaires accompagnent un important chargement
de matériel et un équipage composé de nombreuses berlines et
calèches. Après une étape à Béthune, le cortège est de
passage à Estaires pour rejoindre les Pays-Bas mais
s’embourbe rue Jacqueminemars, simple chemin de terre que
les intempéries de ce mois de mars pluvieux ont rendu
impraticable. Craignant une attaque imminente des partisans
de l’empereur, les gardes abandonnent précipitamment le
convoi. Le chargement ainsi délaissé ne sera pas perdu pour
tout le monde et les autochtones estairois et gorguillons
pillent celui-ci joyeusement. Malgré les efforts ultérieurs
des autorités et de la police impériale pour remettre la
main sur le matériel et les chevaux dérobés, la majeure
partie du butin ne sera jamais retrouvée, alimentant ainsi
la légende du « trésor royal ».
En 1817, une grave
crise économique touche la région ; Estaires n’est pas
épargnée par le chômage et la famine.
En 1866, c’est le
choléra qui sévit dans notre ville et fera plus de cent
morts. La contagion s’est répandue à partir du quartier
défavorisé de la rue neuve, foyer de l’épidémie. Ému par le
sort des pauvres gens habitant masures et taudis sans
confort et sans hygiène dans cette rue, l’abbé Boedt, curé
d’Estaires, convainc quelques notables de fonder la Société
des maisons ouvrières à bon marché en 1898. Après
acquisition des terrains, des habitations à loyers modestes
seront bâties rue Jeanne d’Arc et rue de l’égalité. Chaque
maison possède un petit bout de jardin, s’inscrivant ainsi
dans la lignée de l’abbé Lemire d’Hazebrouck, qui vient
d’inventer les jardins ouvriers en 1896.